Edipresse : les négociations, le plan social et la réduction du nombre de licenciements dans les rédactions  
impressum s’est engagé dans les négociations aux côtés de la Coordination des rédactions représentant selon l’AIR II le personnel des rédactions pour alléger le plus possible les conditions dans lesquelles les mesures de restructuration d’Edipresse allaient toucher le personnel des rédactions, ainsi que pour réduire le plus possible le nombre de licenciements qu’Edipresse prévoyait dans ce secteur. En arrière-fonds, il fallait aussi donner la preuve par l’acte que les textes liant éditeurs et impressum en Suisse romande (CCT de la presse romande) permettent d’instaurer un vrai dialogue social avec des résultats dans l’intérêt de tous.

Au départ

Le 9.10.2009, Edipresse a annoncé des mesures de restructuration avec à la clef 100 licenciements : 30 dans les rédactions, 50 chez les imprimeurs et 20 dans les services techniques. impressum a communiqué ce jour-là son indignation face à l’ampleur de cette annonce et souligné la mise en péril de la qualité. Tout de suite, Edipresse a invité les partenaires à négocier, la première séance déjà agendée au lundi 12 octobre 2009 pour le périmètre des rédactions avec la Coordination des Rédactions et impressum. Il s’est suivi 8 séances de négociations intenses et menant à des résultats, auxquelles pour impressum la soussignée et Alexandre Curchod ont participé.

Relations avec les autres secteurs

Les autres secteurs dont les imprimeurs emmenés par Comedia ont d’abord demandé une négociation commune, la Coordination des rédactions et impressum tablant plutôt sur un échange d’informations, étant donné les textes contractuels différents qui lient ces secteurs à Edipresse et les spécificités des besoins des rédactions. En négociations, Edipresse a accepté que des règles équitables et comparables s’appliquent à tous les secteurs. impressum a plusieurs fois manifesté sa solidarité à l’égard des autres secteurs.

Les négociations

L’employeur a usé de cette situation pour proposer dans les négociations du plan social à ses partenaires sociaux des rédactions un barème d’indemnités de départ se fondant sur la CCT des imprimeurs, alors que les négociateurs proposaient de leur côté les meilleures conditions qui avaient été offertes dans les plans sociaux de la presse de ces dernières années. Ces positions de combat ont fini par faire place à un barème d’indemnités de départ fondés sur celui en vigueur chez Edipresse en 2008 plus adapté à la spécificité du personnel des rédactions. Ce fut une amélioration majeure où des journalistes d’une cinquantaine d’années avec 5 ans d’ancienneté touchant un mois d’indemnité suivant le barème des imprimeurs pouvait en percevoir 6 suivant le nouveau plan. Edipresse offrit comme système final une solution mixte suivant laquelle le meilleur du barème des imprimeurs ou celui de 2008 s’applique aux personnes licenciées ; avec ceci, suivant l’âge et l’ancienneté, l’indemnité de départ peut atteindre jusqu’à 12 mois.

Un plan social correct

Aux côtés de ce barème, une série d’aides est prévue (crédit pour devenir indépendant, pour la formation). Un fonds de soutien de 210'000.- Frs est prévu à diverses fins, dont l’aide au matériel pour les photographes ; toute personne qui se croit victime du barème peut solliciter ce fonds géré paritairement. Les cas de rigueur sont aussi visés.

Des règles spécifiques aux photographes, qui sont particulièrement touchés par le plan de restructuration : ils ont ainsi le choix entre percevoir les indemnités de départ comme les autres licenciés ou les convertir en une garantie de travail à mi-temps de la même durée que les indemnités de départ (un photographe qui a 4 mois d’indemnité de départ peut choisir l’option d’une garantie de travail de 50% sur 8 mois). Il y a encore d’autres aides spécifiques pour les photographes.

Le plan social s’applique aussi aux départs volontaires et diminutions volontaires du temps de travail destinés à réduire le nombre de licenciements. Les personnes qui veulent partir ou réduire leur temps de travail sont mises aux mêmes conditions que les licenciés ou ceux dont la durée du temps de travail a été réduite de manière forcée. Ceux qui partent volontairement ont droit aux mêmes indemnités que les licenciés. Celles et ceux qui ont accepté de diminuer volontairement leur temps de travail se verront rémunérés selon l’ancienne durée du temps de travail durant une fois et demi la période de congé (ex. : une personne qui réduit de 100% à 80% son temps de travail et a un délai de congé de 4 mois travaillera à 80% mais sera rémunéré à 100% durant 6 mois).

L’ensemble de ces mesures a fait dire que le plan social est correct dans la situation économique actuelle, étant donné qu’il se fonde sur un barème en vigueur en 2008 amélioré de multiples manières comme on vient de le voir.

Réduction du nombre de licenciements dans les rédactions grâce à la solidarité dans les rédactions

Le plan social, outre ces mesures d’accompagnement pour adoucir la situation des licenciés, contient des mesures alternatives aux licenciements. Un guichet a été ouvert durant une semaine pour les personnes désirant, par solidarité, réduire leur temps de travail ou partir volontairement. La solidarité a beaucoup joué dans les rédactions. Une quarantaine de personnes ont fait des propositions. Par ces mesures, il a été possible de réduire le nombre de licenciements secs de 12, passant de 27 prévus à 15.

Dans les négociations, on a mis en avant une série d’autres mesures alternatives aux licenciements, dont le chômage partiel. impressum s’est beaucoup engagé à ce que l’employeur use du chômage partiel, allant jusqu’à s’adresser au SECO pour qu’il confirme que le chômage partiel s’applique aussi à des situations où les causes ne sont pas que conjoncturelles, mais aussi structurelles. Le SECO nous a répondu que le chômage partiel pouvait s’appliquer à la presse, mais qu’il appartenait aux cantons de le mettre en œuvre et qu’au vu des disparités dans l’application par les cantons, le SECO compte faire des directives. Il a souligné qu’il appartient aux employeurs de faire la demande. Le responsable cantonal de l’Office de l’emploi, présent dans une des séances à la demande de la délégation de la coordination et impressum, a confirmé cette position et malheureusement l’employeur a rejeté cette mesure alternative.

Pour conclure

Ces négociations, échelonnées sur près d’un mois furent intenses, difficiles. On doit noter une excellente collaboration entre les secrétaires centraux d’impressum et les membres de la Coordination des rédactions qui ont participé aux négociations. A toutes les étapes décisives, la délégation de négociations a présenté les résultats, intermédiaires et définitifs, aux assemblées de rédaction et aux SDR qui ont joué un rôle important à force de résolutions ou d’actions particulières.

Certes le résultat, 15 licenciements, est des plus triste et impressum ne peut être d’accord avec ni ne les justifier. impressum est de tout cœur avec celles et ceux qui sont touchés et les conseille individuellement : il est recommandé aux membres touchés par cette restructuration, qui ne l’ont pas encore fait, de prendre contact avec impressum sans attendre.

Il n’empêche que les négociateurs ont abouti à des améliorations majeures pour celles et ceux qui sont malheureusement touchés et ont pu grâce à la solidarité dans les rédactions réduire le nombre de licenciements.

Dominique Diserens, Docteur en droit, Secrétaire centrale
 
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