Le texte suivant a été écrit par Bernard Maissen, rédacteur en chef de l'ATS, et représente son point de vue. Le contenu n'a donc pas été rédigé. Le texte a juste été traduit, la version originale est en allemand et peut être consultée ici (cliquez). Comparez sur le même sujet :
- L'article dans l'i-Info du 19 mars 2010, cliquez ici.
- Le point de vue de Balz Brubbacher (anciennement AP / ddp), cliquez ici.
Des larmes de crocodile
Les prestations de l'Agence des journalistes sont peu appréciées par beaucoup de collègues. Au cours de ces dernières années, quelques journalistes - dans certains cas par ignorance, dans d'autres plutôt par protection - ont vivement dénigré le travail de l'ATS et de l'AP. Internet rendrait le travail des agences complètement superflu, ce ne serait que du journalisme 'Copier-coller', le langage serait catastrophique et le choix de toute façon toujours faux. On n'utiliserait pas l'agence, c'est ce que l'on entend surtout dire lors des discussions tarifaires et lors de mesures d'économie dans les rédactions. La suite logique : les responsables ont suggéré de faire des économies dans les agences plutôt que dans les rédactions. De moins en moins de médias se sont abonnés à plusieurs agences. Et ceux qui n'avaient qu'une agence ont essayé de faire pression sur les prix. Avec la disparition de journaux gratuits et les regroupements dans la branche des médias, le marché suisse s'est encore rétréci.
En Suisse, où depuis 1993 l'AP et l'ATS se livraient une concurrence journalistique, la situation s'est encore aggravée de manière dramatique avec la vente de l'AP Allemagne à la ddp. Les nouveaux propriétaires de la ddp doivent payer une licence pour l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse pour pouvoir utiliser les services internationaux de l'Agence mondiale AP. Les services du siège suisse ont ainsi nettement augmenté. La répartition établie entre l'ATS en tant qu'agence nationale implantée régionalement avec une offre complète et l'AP en tant qu'agence secondaire plus petite et meilleure marché n'a plus été plus possible. La ddp avait le choix entre s'attaquer au leader sur le marché suisse et allemand et récupérer les clients perdus ou chercher d'autres solutions. Et l'ATS a dû prendre la décision de mener un combat onéreux dans une situation économique difficile ou de chercher également une autre solution.
La ddp et l'ATS ont préféré l'autre solution, la collaboration. L'ATS a repris de la ddp la licence pour la Suisse et la ddp a fermé en contrepartie son opérateur suisse. La ddp a ainsi pu financer une petite partie de son marché avec l'AP en Allemagne et l'ATS garantir à l'avenir aussi à ses propriétaires, les médias suisses, un large service dans les trois langues nationales. Quoiqu'il en soit, les rédactions peuvent continuer à s'abonner au service international de l'AP comme source supplémentaire.
Ce modèle de collaboration a coûté leur place aux journalistes de l'AP suisse. C'est regrettable. Tout comme la disparition de places de journalistes due à d'autres reprises dans la branche. La manière de la ddp de traiter ses employés était inhabituelle en comparaison des habitudes suisses et peu reluisante. Mais l'ATS n'a eu aucun pouvoir d'influence. Bien entendu, elle a préservé en premier lieu ses propres intérêts et avant tout ceux de ses actionnaires. Lutter contre une rédaction suisse de la ddp bien organisée aurait eu pour conséquence la perte pour le moins passagère de clients et ainsi de lourdes conséquences financières pour l'ATS. Cela aurait inévitablement mené à une autre perte de places de travail à la rédaction de l'ATS. Ces places de travail auraient disparu à l'ATS et non pas à la ddp. Les prestations en langue française surtout en auraient souffert et leurs structures n'auraient pas pu être préservées. L'ATS aurait ainsi perdu sa raison d'être, soit offrir des nouvelles d'une même qualité en langue allemande, française et italienne.
Les membres du Conseil d'administration de l'ATS en étaient conscients quand ils ont donné leur accord pour une collaboration avec la ddp. Ils ont ainsi pris une décision pour " leur " agence, pour l'agence des médias suisses. La ddp et l'ATS sont persuadées d'avoir trouvé une bonne solution à long terme pour leurs entreprises. Les pourparlers ont été brefs mais intensifs. Les deux parties ont également examiné des alternatives. Le paysage des agences ne serait certainement pas resté inchangé. Le pavé que l'AP, dépendante de moyens financiers, a lancé dans la mare en se retirant du marché de langue allemande était trop gros. Il était inévitable qu'il fasse de grosses vagues qui ont aussi atteint le rivage suisse. On savait depuis longtemps que l'AP avait pris ce pavé dans la main. Nous avons alors pu nous préparer à ces vagues et n'avons pas voulu nous faire simplement emporter. Faire des reproches à l'ATS, comme cela s'est fait dans certains médias, est naïf. Par contre, il aurait était justifié de nous faire des reproches, si nous ne nous étions pas préparés.
La couverture de ce thème n'a par ailleurs pas été une heure de gloire pour le journalisme. Bien des larmes de crocodile ont été versées. Des rédactions, qui avaient renoncé à la deuxième agence, se sont bruyamment lamentées. D'autres, qui avaient sans arrêt remis en question les prestations et la raison d'être des agences, ont tout à coup vu une menace pour la diversité de l'information. Des conflits ont été " construits " dans certains articles, des machinations inventées, des faits ignorés et déformés. Certains ont écrit des choses sur l'ATS, souvent sans se renseigner auprès d'elle. Un média a copié l'autre et, à part quelques exceptions, il n'a été que peu question de ce qui devrait faire la qualité journalistique d'un journal, à savoir informer, analyser et démontrer le véritable contexte des faits.
Et nulle part on n'a pu lire que la situation en Suisse n'était pas du tout exceptionnelle. Les marchés de cette grandeur, comme c'est le cas pour l'Autriche, la Belgique, les Pays-Bas ou tous les pays scandinaves, n'ont en général qu'une seule agence de presse. Ni l'ATS, l'AP, la dpa ou la ddp ne peuvent y changer quelque chose, mais uniquement les éditeurs. Si tous s'abonnent à plusieurs agences, il y en a logiquement de la place pour plusieurs. Pour ce faire, les rédactions doivent reconnaître et apprécier le travail des agences des journalistes, car elles contribuent aussi au succès et à la qualité des médias.
Bernard Marissen, rédacteur en chef de l'ATS
- L'article dans l'i-Info du 19 mars 2010, cliquez ici.
- Le point de vue de Balz Brubbacher (anciennement AP / ddp), cliquez ici.
Des larmes de crocodile
Les prestations de l'Agence des journalistes sont peu appréciées par beaucoup de collègues. Au cours de ces dernières années, quelques journalistes - dans certains cas par ignorance, dans d'autres plutôt par protection - ont vivement dénigré le travail de l'ATS et de l'AP. Internet rendrait le travail des agences complètement superflu, ce ne serait que du journalisme 'Copier-coller', le langage serait catastrophique et le choix de toute façon toujours faux. On n'utiliserait pas l'agence, c'est ce que l'on entend surtout dire lors des discussions tarifaires et lors de mesures d'économie dans les rédactions. La suite logique : les responsables ont suggéré de faire des économies dans les agences plutôt que dans les rédactions. De moins en moins de médias se sont abonnés à plusieurs agences. Et ceux qui n'avaient qu'une agence ont essayé de faire pression sur les prix. Avec la disparition de journaux gratuits et les regroupements dans la branche des médias, le marché suisse s'est encore rétréci.
En Suisse, où depuis 1993 l'AP et l'ATS se livraient une concurrence journalistique, la situation s'est encore aggravée de manière dramatique avec la vente de l'AP Allemagne à la ddp. Les nouveaux propriétaires de la ddp doivent payer une licence pour l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse pour pouvoir utiliser les services internationaux de l'Agence mondiale AP. Les services du siège suisse ont ainsi nettement augmenté. La répartition établie entre l'ATS en tant qu'agence nationale implantée régionalement avec une offre complète et l'AP en tant qu'agence secondaire plus petite et meilleure marché n'a plus été plus possible. La ddp avait le choix entre s'attaquer au leader sur le marché suisse et allemand et récupérer les clients perdus ou chercher d'autres solutions. Et l'ATS a dû prendre la décision de mener un combat onéreux dans une situation économique difficile ou de chercher également une autre solution.
La ddp et l'ATS ont préféré l'autre solution, la collaboration. L'ATS a repris de la ddp la licence pour la Suisse et la ddp a fermé en contrepartie son opérateur suisse. La ddp a ainsi pu financer une petite partie de son marché avec l'AP en Allemagne et l'ATS garantir à l'avenir aussi à ses propriétaires, les médias suisses, un large service dans les trois langues nationales. Quoiqu'il en soit, les rédactions peuvent continuer à s'abonner au service international de l'AP comme source supplémentaire.
Ce modèle de collaboration a coûté leur place aux journalistes de l'AP suisse. C'est regrettable. Tout comme la disparition de places de journalistes due à d'autres reprises dans la branche. La manière de la ddp de traiter ses employés était inhabituelle en comparaison des habitudes suisses et peu reluisante. Mais l'ATS n'a eu aucun pouvoir d'influence. Bien entendu, elle a préservé en premier lieu ses propres intérêts et avant tout ceux de ses actionnaires. Lutter contre une rédaction suisse de la ddp bien organisée aurait eu pour conséquence la perte pour le moins passagère de clients et ainsi de lourdes conséquences financières pour l'ATS. Cela aurait inévitablement mené à une autre perte de places de travail à la rédaction de l'ATS. Ces places de travail auraient disparu à l'ATS et non pas à la ddp. Les prestations en langue française surtout en auraient souffert et leurs structures n'auraient pas pu être préservées. L'ATS aurait ainsi perdu sa raison d'être, soit offrir des nouvelles d'une même qualité en langue allemande, française et italienne.
Les membres du Conseil d'administration de l'ATS en étaient conscients quand ils ont donné leur accord pour une collaboration avec la ddp. Ils ont ainsi pris une décision pour " leur " agence, pour l'agence des médias suisses. La ddp et l'ATS sont persuadées d'avoir trouvé une bonne solution à long terme pour leurs entreprises. Les pourparlers ont été brefs mais intensifs. Les deux parties ont également examiné des alternatives. Le paysage des agences ne serait certainement pas resté inchangé. Le pavé que l'AP, dépendante de moyens financiers, a lancé dans la mare en se retirant du marché de langue allemande était trop gros. Il était inévitable qu'il fasse de grosses vagues qui ont aussi atteint le rivage suisse. On savait depuis longtemps que l'AP avait pris ce pavé dans la main. Nous avons alors pu nous préparer à ces vagues et n'avons pas voulu nous faire simplement emporter. Faire des reproches à l'ATS, comme cela s'est fait dans certains médias, est naïf. Par contre, il aurait était justifié de nous faire des reproches, si nous ne nous étions pas préparés.
La couverture de ce thème n'a par ailleurs pas été une heure de gloire pour le journalisme. Bien des larmes de crocodile ont été versées. Des rédactions, qui avaient renoncé à la deuxième agence, se sont bruyamment lamentées. D'autres, qui avaient sans arrêt remis en question les prestations et la raison d'être des agences, ont tout à coup vu une menace pour la diversité de l'information. Des conflits ont été " construits " dans certains articles, des machinations inventées, des faits ignorés et déformés. Certains ont écrit des choses sur l'ATS, souvent sans se renseigner auprès d'elle. Un média a copié l'autre et, à part quelques exceptions, il n'a été que peu question de ce qui devrait faire la qualité journalistique d'un journal, à savoir informer, analyser et démontrer le véritable contexte des faits.
Et nulle part on n'a pu lire que la situation en Suisse n'était pas du tout exceptionnelle. Les marchés de cette grandeur, comme c'est le cas pour l'Autriche, la Belgique, les Pays-Bas ou tous les pays scandinaves, n'ont en général qu'une seule agence de presse. Ni l'ATS, l'AP, la dpa ou la ddp ne peuvent y changer quelque chose, mais uniquement les éditeurs. Si tous s'abonnent à plusieurs agences, il y en a logiquement de la place pour plusieurs. Pour ce faire, les rédactions doivent reconnaître et apprécier le travail des agences des journalistes, car elles contribuent aussi au succès et à la qualité des médias.
Bernard Marissen, rédacteur en chef de l'ATS




