Un journaliste n'est pas responsable des propos tenus par une personnalité politique

A Fribourg se tient un procès qui pourrait faire jurisprudence et participer à museler le journalisme face au politique. Au cours d’entretiens avec un conseiller d’État dans le but de réaliser un livre, le journaliste aurait poussé le politicien à la faute, l’incitant à violer son secret de fonction. Pour impressum, il est impensable qu’un journaliste puisse être reconnu coupable pour le simple fait d’avoir posé des questions, même insistantes, à une personnalité politique.

Le Tribunal de la Sarine s’empare ce vendredi 9 février (suite à un report d'une semaine) d’une affaire qui tient en haleine les défenseurs de la liberté des médias. Le journaliste Jean-Marc Angéloz publie en 2022 le livre « Secrets et confidences d’un président » pour lequel l’ancien Grand argentier fribourgeois Georges Godel a été reconnu coupable en 2023 de violation de secret de fonction. L’auteur passe désormais à son tour devant le juge. Suite à la publication de son livre sur le quotidien et les réalisations de l’ex-conseiller d’État, on lui reproche une « instigation à violations du secret de fonction », l’instigation étant le fait de persuader autrui à commettre un délit ou un crime.

Selon l’ordonnance pénale devenue entretemps acte d’accusation, le journaliste aurait posé certaines questions de manière insistante en « revenant à la charge ». Le procureur général Fabien Gasser - qui a pu mettre la main sur des centaines de pages de retranscriptions des entretiens qui se sont déroulés sur quatre ans - estime que certaines réflexions du journaliste peuvent être interprétées comme une volonté de créer un lien de « courtisan à courtisé » dans le but de pousser l’ancien président à la faute et à dévoiler des secrets de fonction. Si l’accusation du procureur devait faire jurisprudence, toutes les questions ne seraient plus bonnes à poser aux autorités publiques. Car les journalistes pourraient être tenus en partie responsables des réponses délictueuses prononcées par leur interlocuteur. Le procureur pousse encore plus loin la responsabilité du journaliste :  aborder un conseiller d’État « avec un projet d’entretiens et de livres » est, à ses yeux, déjà répréhensible en tant que premier acte d’une incitation à la violation de secrets. 

Pour impressum, ni l’insistance ni la relation de confiance entretenue par le journaliste, qui travaille selon la déontologie promue par le Conseil suisse de la presse, ne peuvent être considérées comme une faute. Au contraire, ces démarches font bien souvent partie intégrante d’un journalisme professionnel qui se doit d’aller chercher l’information pertinente précisément là où on l’attend le moins. « Reprocher à un journaliste une instigation à violation du secret de fonction, c’est lui reprocher de faire son travail », avance Etienne Coquoz, secrétaire central pour la Suisse romande chez impressum. Pour le journaliste, une plume et des questions acérées sont souvent les seuls outils face à un monde politique adoptant toujours plus la doctrine de la langue de bois. Et au secrétaire central de rappeler qu’impressum soutient tous les journalistes, en particulier ses membres, dans les procédures judiciaires auxquelles ils doivent faire face.

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